fragments
d’architectures
Japon moderne
du
Si l’Architecture, comme le disait Le Cor-
busier, c’est la civilisation elle-même, le
Japon reste la figure emblématique du
monde moderne. Plus qu’ailleurs peut-être,
l’aménagement de l’espace s’y déploie
entre continuité et discontinuité, dans le
paradoxe exacerbé passé/présent. Les villes
comme Tokyo, avec ses trente millions
d’habitants, grossissent dans la plus inex-
tricable lisibilité. Le goût prononcé des
japonais pour la nouveauté, au risque des
ruptures, a attiré les plus grands architectes
du monde. Certains comme Nigel Coates
ou Fumihiko Maki affirment que l’époque
d’un style immuable est bel et bien révo-
lue, l’ordre urbain classique s’est écroulé
et toute œuvre architecturale qui intério-
rise la ville et joue un rôle de mécanisme
de transmission vers l’extérieur, pourra
incarner la nouvelle réalité urbaine, un
milieu atomisé qui se renouvelle constam-
ment en se fragmentant. Plus classique-
ment, des modernes comme Tadao Ando
entretiennent une vision de sérénité qui
cadre mal avec ce que l’on voit. D’autres
encore, sur les traces de Derrida, appel-
lent à la déconstruction de la pensée archi-
tecturale. L’Architecture a-t-elle échoué à
rendre compte d’une harmonisation des
espaces à vivre, ou bien est-ce notre civili-
sation elle-même qui est en panne de repè-
res . Les tentatives d’un Ricardo Bofill qui
s’exerce à la restitution d’un espace public
classique, sont des plus controversées. Le
débat, toujours ouvert depuis les temps
bouddhiques où l’homme déjà interprétait
et domptait la nature, demeure peut-être,
dans un deuil interminable, celui du con-
flit entre Nature et Culture,
photographies de
Florence
BERLUTEAU
l’instant
Japon
Florence Berluteau, que nous connaissons déjà
pour sa passion des espaces immémoriaux du
Japon, livre ici, dans son exigence photographi-
que et par l’acuité de son regard, une série de
fragments d’architecture du Japon moderne.
avec